PETITES CONSIDÉRATIONS

Publié le par Ny Marina

Le 04 février 2010

 

 

Il y a les nouvelles que – sous pression ? – la presse daigne nous délivrer et les nouvelles qui n’arrivent pas sur la scène publique et qu’il faut aller chercher auprès de sources sûres.

 

L’avenir des chômeurs

Pour les premières, il en est une d’importance : la Hat a hâtivement décidé de distribuer trois hectares de terre dans le Moyen-Ouest à chacune des 10.000 victimes de l’Agoa dont, tout comme de vulgaires opposants, Viva TV a montré les effets désastreux. Pour ce faire, 30.000 hectares de terres, nous dit-on, ont déjà été délimitées. On peut envisager que des convois de camions militaires débarrasseront la ville des manifestants potentiels. Mais rien ne nous est dit des mesures d’accompagnement. Les victimes de l’Agoa seront donc doublement victimes. Ce sera du « Débrouillez-vous » – je suis encore poli – et du « Estimez-vous heureux que la Hat soit généreuse » – ça ne lui coûte rien. Doublement victimes, car ces pauvres chômeurs des zones franches, qui avaient ressenti comme une promotion sociale d’avoir à utiliser des machines dans de grandes unités industrielles, vont se retrouver condamnés à la seule angady.

Pour qui suit quelque peu l’actualité, on sait comment peut se faire l’installation sur des terres libres du Moyen-Ouest. Depuis cinquante ans, les gouvernements ont repris plusieurs fois ce projet avec le même résultat d’échec. Toutefois, il est un de ces projets qui, commencé il y a une quinzaine d’années, a bien réussi. Les nouveaux officiels en ont même profité pour aller remettre des titres fonciers à ces nouveaux propriétaires à Ampasimpotsy. Si le programme de l’Asa a réussi, c’est qu’il s’est adressé à des gens qui n’avaient plus rien à perdre et qui, avec femme et enfants, vivaient dans la rue depuis longtemps. L’Asa a commencé par leur réapprendre la sociabilité pendant un an, à leur donner une formation pendant deux ans et à les installer par génération dans de nouveaux petits villages. Avec tout un accompagnement social, sanitaire et technique. Les chômeurs de l’Agoa accepteront-ils la proposition et bénéficieront-ils d’un tel accompagnement ?

 

Les projets utopiques

Pointe de Sagaie est revenu d’un voyage à l’étranger et a conçu avec des fonds d’investissement des projets mirifiques. Entre autres, il y a celui de créer un centre commercial souterrain sous l’Avenue de l’Indépendance. Analakely était le plus grand marché à ciel ouvert du monde. Aurons-nous le plus grand marché souterrain du monde. L’initiateur du projet annonce heureusement qu’il « faudrait d’abord étudier la faisabilité technique de ce projet ». Quiconque connaît l’histoire d’Antananarivo sait que cette partie de la ville a été obtenue par remblai des rizières qui s’y trouvaient jusque dans les années 1930 et que ce sont des terres gorgées d’eau. Il sait aussi qu’un centre commercial attire les véhicules à quatre roues et que ce ne sera pas des charrettes à deux zébus. Le développement automatique des embouteillages est-il un des aspects recherchés pour le développement de la ville ?

 

Français ou malgache dans l’enseignement ?

Nous nous souvenons qu’au tout début de la Hat, Julien Razafimanazato annonça « que le français sera la première langue d’enseignement du pays ». C’était le 19 mars 2009. Peu après, il déclara vouloir mettre en place « une éducation de qualité répondant aux désirs et aux vœux de tout le monde ». Le retour au français était-il l’un des désirs et l’un des vœux « de tout le monde » ? Derrière ce « tout le monde », nous retrouvons toujours la même notion radzouëlienne de vahoaka.

La question de la langue d’enseignement est l’épine dans le pied de l’enseignement à Madagascar depuis la conquête coloniale. Gallieni commença par imposer le français dans toutes les écoles. Puis Charles Renel, directeur de l’enseignement depuis Augagneur, hésita entre le projet politique colonial de Gallieni et l’efficacité de l’école dans la transmission des connaissances. Le triomphe de la malgachisation avec Ratsiraka fut en fait un échec. Les professeurs de lycée formés par l’université étaient pour la plupart de parfaits francophones, ne pratiquant par ailleurs qu’un malgache de cuisine ou de marché, mais en aucun cas un malgache universitaire. On ne les forma pas à ce malgache de haut niveau avant de les envoyer devant les élèves. Par ailleurs, sous le nom de malgachisation, ce que fit le socialisme, ce fut une marxisation du contenu de l’enseignement. On n’apprit rien, ou peu de choses, aux élèves sur la culture malgache.

Face à cet échec, on revint au français. La communauté scientifique et enseignante dans un grand colloque en 1992 montra quasi unanimement, comme on le voit partout dans le monde, que ce n’est que quand la langue maternelle est maîtrisée, que l’on peut apprendre avec des chances de succès une langue étrangère. De ce point de vue, les Malgaches ne sont pas – je regrette d’avoir à l’écrire – différents des autres Homo sapiens que l’on trouve sur cette terre. Les actes du colloque devaient être publiés, mais le budget réservé à cet effet disparut des caisses de l’Etat. Il y avait des thuriféraires de la langue française qui veillaient au grain !

A l’époque de Zafy et de Fulgence Fanony, son ministre de l’éducation, une loi décida de mettre l’accent sur l’usage de la langue maternelle. D’ailleurs, de nombreux instituteurs furent recrutés qui ne parlaient que le malgache et qui refusèrent de suivre les formations au français qu’offrit alors la France. Zafy chassé de la présidence de la République, le ministre de l’éducation de Ratsiraka s’assit sur la loi et décida aussitôt par circulaire de revenir au français. Avec l’horribilissime Ravalomanana, le malgache allait réapparaître, notamment pour un enseignement primaire allongé à sept ans. Projet donc abandonné, on revient au français.

Or, que vient de nous apprendre la presse ? Que l’Agence de développement pour l’éducation en Afrique (Adea) vient de tenir une grande réunion à Ouagadougou pour « proposer des lignes directives aux pays, pour qu’ils puissent élaborer une politique là-dessus ». Il s’agit d’intégrer la langue maternelle à l’école. Et pour aider les différents gouvernements, l’Agence a fourni un guide pour mettre en œuvre cette politique. Aucun Malgache à cette conférence et surtout pas le ministre. On en comprend bien la raison. Mais nous, ce n’est pas du guide pédagogique préparé dont nous aurions besoin, mais d’un guide pour faire comprendre aux politiciens la nécessité d’enseigner les langues maternelles. Et de commencer par enseigner en malgache à Madagascar.

 

L’avenir de l’ariary

Les économistes de la Banque centrale voulaient revaloriser l’ariary et avaient commencé à avoir des résultats. Leur effort a fait long feu. La monnaie malgache a recommencé à perdre de sa valeur sur le marché des devises. Il fallait hier 2.957,31 ariary pour un euro. Le Fmi pense, quant à lui, que le cours de l’euro ne devrait pas tarder à se stabiliser vers 3.700 ariary !

Mais peut-être ne faut-il pas trop fantasmer devant le marché des devises, car le gouvernement s’est engagé dans un investissement qui va rapporter en délicieuses et enchanteresses satisfactions pour « Monsieur le Président ». Une nouvelle Mercedes va rejoindre le parc d’Ambohitsorohitra. Ce sera une Mercedes 600 blindée, soit environ deux milliards de Fmg pour la voiture standard et un milliard pour le blindage, donc trois milliards de Fmg. Cette berline immatriculée Filoha, que l’on prononce Filou, serait-elle une protection contre la « solution finale » dont a parlé La Gazette de la Grande Île ?

Hourrah, cornes au cul, vive le père Ubu ! Hourrah, cornes au cul, vive le micro-Ubu ! Dieu merci, nous n’en sommes pas encore à chipoter sur des économies de bout de chandelle.

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