Il y a un an : les moutons et l’abattoir…

Publié le par Ny Marina


 
Il y a un an eurent lieu les évènements d’Ambohitsorohitra, juste une semaine après qu’Andry Rajoelina eut proclamé qu’il était prêt « à prendre la tête d’un régime de transition » (31 janvier 2009). Continuant dans la logique insurrectionnelle de son coup d’Etat, il annonce le samedi 7 février la nomination de Monja Roindefo comme Premier ministre. Dans la foulée, il « accorde » à ce Chef de gouvernement intronisé sur les trottoirs de la Place du 13 mai la jouissance du Palais d’Ambohitsirohitra. Et au moment de lui laisser le micro, Andry Rajoelina lui ordonne de demander à la foule si elle souhaitait aller immédiatement prendre possession dudit Palais, alors encore occupé par le régime Ravalomanana.

Le fils de Monja Jaona ne vit pas le piège géant. Primo, la foule, chauffée à blanc depuis des jours, ne demandait qu’à scander « oui » à ce genre de question. En poussant Monja Roindefo à la poser, Andry Rajoelina connaissait déjà la réponse. Secundo, il savait très bien ce qui allait se passer, et s’est donc bien gardé de se joindre à la marche vers Ambohitsirohitra, laissant Monja Roindefo mener la foule au Q.I. inopérationnel comme un mouton vers l’abattoir, pendant que lui restait bien au chaud dans son salon. On connait la suite. Et en guise de conclusion, on entendit 30 minutes après à la radio les inoubliables larmes d’un crocodile, envoyées par téléphone : « mitomany aho ry vahoaka malagasy ». Comme disaient les adolescents mal élevés du temps de ma jeunesse : Odoyé !

Les enquêtes annoncées à grand renfort de bla-bla n’ont jamais vu le jour jusqu’à présent. Dans un éditorial de décembre sur la problématique de la réconciliation, je me posais certaines questions sur la réconciliation après le 7 février, car de toutes manières les arrestations qui ont eu lieu tiennent plus du règlement de comptes et des écrans de fumée, que du désir sincère de chercher la vérité. Peu après le 17 mars, un bidasse avait convoqué la presse à Ambohitsorohitra pour annoncer que le garde de corps de Lala Rasendrahasina avait été arrêté lors des évènements à l’Episcopat d’Antanimena, du fait de sa responsabilité dans la tuerie du 7 février. Question d’un journaliste : « vous avez des preuves ? ». Réponse du boutonneux en treillis : « mais c’est vous autres journalistes qui avez ces preuves ». A entendre cela, on peut se demander si seuls les dieux sont tombés sur la tête. Et jusqu’à maintenant, Ralitera, le mari du leader légaliste Ihanta Randriamandranto, croupit également à Tsiafahy pour la même accusation.

Mais les victimes innocentes du 7 février ne se comptent pas seulement parmi les cibles d'accusations hâtives. Il y a ce jour-là un décès pour lequel nous éprouvons une profonde et sincère compassion : celui de Ando, le caméraman de la RTA, qui a payé de sa mort la passion d'un métier qui n'est pas sans risque pour offrir l'information au public. Et respect à la famille de ce journaliste mort en service : de plusieurs sources oculaires, Andry Rajoelina et sa délégation se sont faits renvoyer vertement et à juste titre lorsqu'ils étaient venus présenter leurs condoléances. Autre témoin de ces évènements, le blogueur Solofo qui nous propose un reportage photo exceptionnel. Contrairement à Ando, Solofo est heureusement encore en vie, mais il a payé cher la mise en place de son blog après le 7 février (lire son témoignage ici). Avis à ceux qui croient encore que ce coup d'Etat a été mené au nom de la liberté et de la démocratie : quand les gros bras règnent, toute vérité n'est pas bonne à dire.

Au royaume de Baroa, la Justice vit au rythme des humeurs de la mère Michel qui a perdu son Droit et de son compère gendarme qui veut se faire un prénom, le nom ayant déjà été rendu célèbre par autrui. Nos enquêteurs d’élite ont donc avancé à la vitesse du TGV pour deviner en quelques heures (si ce n’est minutes ou secondes, à moins que ce ne soit d'avance) le nom des commanditaires des bombinettes artisanales. Mais ils avancent à la vitesse du train à vapeur concernant le 7 février, car en cas de vraie enquête, surtout internationale, les leaders du coup d’Etat ne pourront éviter les vraies questions. Alors, qui est responsable du carnage du 7 février ? Marc Ravalomanana, qui en tant que Président, a fait protéger un Palais d’Etat ? La garde présidentielle, qui a rempli la mission difficile et pénible qui lui était assignée ? La foule, qui n’a pas eu la jugeote nécessaire pour comprendre qu’il ne fallait pas suivre n’importe quel pseudo-leader pour s’attaquer à une zone rouge ? Les leaders de la Révolution orange, qui n’ont eu aucun scrupule pour envoyer au sacrifice  une foule bête et hypnotisée ? L'Emmo-Nat, qui n'a pas su mettre en place à temps des cordons suffisamment efficaces pour empêcher que la foule ne s'approche du Palais ?

En tant qu’éditorialiste d’un journal en ligne qui revendique son sérieux, mon rôle n’est pas de me mettre à la place des juges pour donner une réponse à ce qui précède. Car sans doute quelque part, la responsabilité de tels évènements ne peut être que partagée, même à parts inégales. En tant que citoyen, mon humble conviction personnelle est celle-ci : sans meneurs, pas de foule en zone rouge ; sans foule en zone rouge, pas de tirs ; et sans tirs, pas de victimes. Point barre. Si ces soi-disant victimes avaient donc eu le bon sens de ne pas se hasarder à Ambohitsorohitra, ils seraient encore en bonne santé. Et ce, malgré l’opinion des pseudos experts militaires sur le 7 février, et qui ont étalé leurs thèses et leurs foutaises dans les médias. Sur la video ci-après(placer le curseur à 1:53), on voit nettement le général Dolin Rasolosoa s'adresser aux journalistes, plusieurs minutes avant les premiers tirs : « ceci est une ligne rouge... si vous la dépassez, vous vous ferez tirer dessus et vous allez mourir inutilement». Très intéressant, car cela montre que les responsables du mouvement savaient qu'il y avait une ligne à ne pas franchir, et que ceux qui passeraient outre s'exposeraient à des tirs. Alors qu'on ne vienne pas raconter que ces tirs étaient une surprise. Et s'ils n'étaient une surprise, faut-il donc déduire qu'ils étaient recherchés ?

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L’omelette diabolique

Il est vrai que toute révolution a besoin de martyrs. L’objectif de tout bolchevik est donc de pousser le régime en place à la faute impardonnable, afin de pouvoir lui mettre ensuite sur le dos l’opprobre de la répression. Certains proches de Andry Rajoelina, d’ailleurs déjà proches de Albert Zafy en août 1991, aiment à dire dans leurs cercles privés qu’en politique, « on ne fait pas d’omelettes sans casser les œufs ». Bon appétit aux griots de la révolution orange ! Quant à moi, qui déjà n’aime pas les omelettes, une telle déclaration qui se veut lumineuse de sens tactique me ferait plutôt vomir. Entre parenthèses, on se souviendra que dans les jours qui suivirent, Andry Rajoelina déclarait lui aussi dans ses interviews que « c’en était fini de Marc Ravalomanana, car à Madagascar, aucun dirigeant qui avait fait verser le sang de manifestants n’était resté au pouvoir ». Effectivement, le calcul a réussi. 39 jours après le 7 février, l’ex-DJ put commencer à entendre son fan-club lui susurrer ce titre qui sonne comme une douce musique à ses oreilles : « Monsieur le Président ».

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Ceci étant dit, je trouve particulièrement intéressant le comportement d’un homme en costume sombre, ce jour du 7 février. Première phase : aussi bien sur le podium de la Place du 13 mai (avant le début de la marche), qu’à Ambohitsorohitra pendant les négociations avec les cordons de sécurité, on voit cet individu faire l’intéressant et l’important (voir également la première vidéo, plus haut dans le texte). Question : comment et pourquoi cet énergumène inconnu avait-il ce jour-là obtenu une chaise au premier rang parmi les officiels du 13 mai ? Avait-il déjà reçu pour mission de se rendre bien visible pour assurer un leadership de faucon (le faux étant une éventualité) dans les minutes qui allaient suivre ? Puis, seconde phase : sur certaines vidéos, alors que le Général Dolin Rasolosoa commençait à demander à la foule de ne pas franchir le barrage car il avait été averti que la garde du Palais allait tirer, on voit et on entend très distinctement cet énergumène costumé faire avancer la foule en disant « alefaso ». Enfin, troisième phase : quelques secondes plus tard, les images vidéos montrent ce type ramper comiquement mais à vitesse TGV après la première salve. Mais ce qui m’étonne également, c’est de voir une photo de ce personnage brandissant fièrement une kalachnikov dans le livre « Regards sur la crise » publié par l’Express de Madagascar. En fait, ce pseudo Rambo est loin d'être un enfant de cœur : en août 2009, il fut condamné à un an de prison avec sursis pour violences et détention illégale d’arme à feu.

Voilà donc le genre de piliers de cette révolution orange. Alors à mon avis, il faut voir de quel(s) politicien(s) cet énergumène est-il proche, et on y verra plus clair sur les vraies responsabilités du 7 février. Car quand une révolution s’appuie sur des individus louches, on se doit pas s’étonner que les problèmes se ramassent ensuite à la cuillère.

Ndimby A.
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Post-scriptum :

Ceux qui auraient envie de lire des réflexions intéressantes sur le 7 février ont à leur disposition (entre autres) de superbes textes de Reflexiums (élu de façon méritée Best of Malagasy Blogs 2010 – bravo Achille), Citoyenne malgache et de NJ.

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