L'érection des hommes de paix ?

Publié le par Ny Marina

Il y a deux semaines, notre édito prévoyait le développement de dynamiques nationales et internationales tendant vers une sortie de crise, et qui risquaient de laisser les faucons et les vrais sur le quai de leur extrémisme. La fin de la semaine dernière a confirmé ces efforts de construction au-dessus de l'esprit partisan des clans. Et il faudrait être bien naïf pour croire que c'est le hasard qui a mis dans la même période du mois de juillet, avant la visite de Joaquim Chissano à quelques jours de l’atelier Dinika Santatra, toutes ces tentatives d'unifications au sein de la société civile et de la classe politique ; les visites de la SADC et de l'Union européenne ; et les remontrances de Jean-Marc Chataignier le 14 juillet.

 

La société civile s'est enfin fédérée au sein de la Coordination nationale des organisations de la société civile (CNOSC), regroupant dans une volonté de neutralité les tendances plutôt légaliste et celle à tendance plutôt favorable à la Haute autorité de transition (HAT), ainsi que le KMF-CNOE. Une vingtaine de politiciens désireux d'échapper au schéma réducteur et inefficace des quatre mouvances a créé un « espace de concertation » de politiciens, avec entre autres le TIM modéré Raharinaivo Andrianantoandro. Le groupe des ray aman-dreny mijoro, malgré des accointances avec le parti AVI de Ratsirahonana, gagne de plus en plus de crédibilité. Des cercles influents, constatant l'incapacité de Andry Rajoelina à redresser la barre de cette transition désastreuse après y avoir plongé le pays de force, commencent à réfléchir à un « homme providentiel ». L'ancien juge à la Cour internationale de justice de la Haye Raymond Ranjeva a déjà donné quelques interviews pour faire comprendre qu'il se tenait à la disposition de la République, ce qui a provoqué des courants favorables dans l'opinion publique, mais quelques grincements de dents chez les griots hâtifs.

 

Dans ce contexte où les efforts de recherches de solution s'activent, Joaquim Chissano est donc de retour pour une énième mission à Madagascar. Alors que ce voyage était prévu et annoncé depuis des semaines, le Président de la HAT  trouve le moyen d'aller se promener à Mahajanga, pendant que le médiateur nommé par la communauté internationale est à Antananarivo pour aider à la résolution d'une crise de 18 mois pourtant provoquée par l'ancien DJ lui-même. A se demander si ce dernier, dans sa grande maturité avérée, est conscient de ses responsabilités dans la situation actuelle. On se souvient que quand une artiste vazaha comme Nadiya a pointé le bout de son joli minois à Madagascar en Juin dernier, l'Excellence made by kalachnikov s’est précipité pour la recevoir  au Palais d'Etat. Quant aux diplomates mandatés par le Groupe international de contact (donc représentant l'ensemble de la communauté internationale), ils peuvent donc poireauter : dans certaines mentalités qu’on se retiendra de commenter, le chef montre son statut en faisant attendre les autres. « Ray aman-dReny de tous les Malgaches » hono e…

 

Mais Il ne faut cependant pas en vouloir à Andry Rajoelina de chercher des prétextes fallacieux pour ne pas rencontrer Joaquim Chissano. Le Directeur de la communication de la Haute autorité de la transition (HAT) ayant révélé dans le dernier rapport de Reporters sans frontières que « les Africains se coupaient la tête avec des coupe-coupe », le Grand Hâtif a sans doute préféré s'éloigner pour éviter les risques. Mais plus sérieusement, il y a vraiment une hiérarchie des priorités étonnante chez Andry Rajoelina, jeune homme qui s'est retrouvé par hasard à la tête de l'Etat sans que rien ne l’y ait préparé, ni cursus académique, ni passé politique, ni envergure nationale ou internationale. Ceci explique sans doute le nombre d'entreprises en faillite et de personnes qui ont perdu leurs emplois du fait de son putsch. Les auteurs de la « révolution orange à la sauce malgache » resteront dans l’histoire l’illustration de l’adage qui dit qu’il est facile de détruire, mais difficile de construire.

 

Pour une transition libérée de Rajoelina

 

Il y a près d'un an, j'avais donné ce qui semble toujours être à mon sens la seule solution pour donner à la Transition une chance de réussite : que Andry Rajoelina se retire de la gestion de ladite transition. Ainsi, l’année dernière, j’écrivais ceci : « Tant que Andry Rajoelina restera à la tête de la Transition, celle-ci ne bénéficiera jamais de la sérénité nécessaire, et ses adversaires politiques ne manqueront pas la moindre occasion pour lui mettre des bâtons dans les roues, même si au final c’est le pays qui va en souffrir. (…) La seule solution qui nous paraît possible au nom du fameux ISN est un retrait volontaire de Andry Rajoelina de la gestion de la Transition. Cela permettrait de faire sauter un grand nombre de verrous psychologiques » (le canard et le navet, 30 novembre 2009). Pour sa part, au nom de la paix, le Président Ravalomanana s'était déjà engagé avec sagesse à ne pas participer à la Transition lors du Sommet de Maputo, et je m'étonne que certains zanak'i Dada continuent jusqu'à présent à dire et à croire que la seule solution à la crise est le retour immédiat de l'ancien Président au pouvoir. Mais il faut dire que les manquements à la parole donnée et signée de la part de la mouvance Rajoelina ne peuvent qu’encourager les autres à oublier la leur.

 

Un retour en arrière sur les crises politiques malgaches fait clairement apparaitre un point : une transition politique n'a de chances de réussir que si le détenteur officiel du pouvoir accepte de le remettre, ce qui limite les réactions violentes de ses partisans et les effets pervers de leur frustration. En mai 1972, le Président Tsiranana avait remis les pleins pouvoirs au général Ramanantsoa, tout en restant Président de la République (jusqu'à sa défaite au référendum d'octobre 1972). En octobre 1991, le Président Ratsiraka accepte de partager le pouvoir avec l'opposition par le biais de la Convention de Panorama. En septembre 1996, le Président Zafy accepte la procédure d'empêchement manœuvrée en sous-main par son Premier ministre, et qui aboutit à la désignation de ce dernier par la Haute cour constitutionnelle (HCC) en tant que Chef d'Etat par interim.

 

La route vers une sortie de crise par le haut pourrait donc prendre la forme suivante. Primo, laisser une solution malgacho-malgache se dessiner en rassemblant toutes les bonnes volontés au sein de la classe politique, de la société civile et de l'armée. Ce schéma contentera les pseudos et vrais nationalistes, irrités à tort ou à raison des atermoiements de la communauté internationale. Une fois encore, dans la mesure où il est impossible de rapprocher les extrêmes, la solution passe par une formation de masse critique au sein des modérés. Et tant pis pour les extrémistes, dont il faudra bien se passer un jour s’ils ne peuvent se défaire de leur volonté d'obstruction, et cela est valable pour les quatre chefs de mouvance : Ny baolina tsy miandry marary (na saina, na vatana)... Secundo, trouver un Président de transition qui soit plus digne et plus apte que l'actuel, et convaincre Andry Rajoelina de céder la place. Tertio, tracer une feuille de route claire, consensuelle et inclusive des principales forces politiques en présence, et s'y tenir, contrairement aux multiples feuilles de route bricolées par l'actuelle transition, qui aime à rendre élastique son temps de présence sous les pis de la vache à lait. Et quarto, mettre ce schéma malgacho-malgache dans la balance pour obtenir le soutien international pour l'organisation des élections.

 

Bien entendu, le secundo va poser problème. L'ego hypertrophié de Andry Rajoelina va le pousser à se maintenir envers et contre tout, pour tenter de gommer l'impression calamiteuse qu'il risque de laisser dans l'Histoire. Sans oublier qu'après avoir été privé de 14 juillet, il caresse sans doute l'espoir de participer à l'Assemblée générale de l'ONU en septembre prochain dans des conditions moins rocambolesques que celles de l'année dernière. Une solution possible serait alors de remettre au goût du jour l'esprit de la Convention du 31 octobre 1991, et laisser un Président inaugurer les chrysanthèmes, tandis que le pouvoir exécutif et la représentation de Madagascar sur la scène internationale seraient concentrés entre les mains du Premier ministre, qui devrait être de consensus. Pour le pays, sortir de cette crise maintenant serait d'un intérêt vital, et on ne parle pas ici de Camille.

 

Cependant, Monsieur Rajoelina aime tellement qu'on l'appelle Président, et ses supporters aiment tellement se promener dans les voitures de luxe et les forêts de bois de rose, que les uns et les autres s’accrochent au pouvoir, malgré une absence latente de compétence, et donc de performance dans les résultats socio-économiques actuels, ainsi que dans la recherche politique de sortie de crise. Quand l'intérêt supérieur de la Nation devient moins important que celui de la ration, la visibilité des politiciens malgaches prend la forme de mes œufs du matin : brouillés.

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